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Dérives sectaires dans l’Église : une convention ne suffira pas à briser la loi du silence

Page publiée le 9 octobre 2026

Ma chère Chloé, mon cher Théophile,

J’ai lu dans la presse que la Conférence des évêques de France (CEF) aurait signé une convention avec la MIVILUDES (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires), créée le 28 novembre 2002 par Jacques Chirac, président de la République… en remplacement de la MILS (Mission interministérielle de lutte contre les sectes), instituée en 1998. Voilà pour la petite histoire. Placée auprès du ministère de l’Intérieur, elle observe toutes les dérives sectaires, lutte contre l’emprise psychologique et protège la liberté de conscience sans remettre en cause les croyances religieuses.


C’est sûrement une bonne chose. Cet accord prévoit des échanges d’informations, des actions de prévention et des formations. Mais vous me connaissez, je me méfie des accords… d’une signature officielle. On peut signer toutes les conventions du monde. Mais une signature ne vaut rien si personne n’a le courage de l’honorer au nom de toutes les personnes manipulées et abusées.


Le 5 octobre dernier, c’était les cinq ans de la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église). Cela va au-delà des crimes abjects, mais concerne aussi un système qui a protégé l’institution au détriment des personnes meurtries. Je l’avoue, concernant cette signature, je ne suis pas très optimiste. Il y a de quoi. J’ai tellement connu de femmes et d’hommes manipulés au sein des communautés nouvelles dites « charismatiques » et même des communautés paroissiales. J’ai vu des êtres humiliés, rejetés, méprisés pour avoir voulu penser autrement.


Ce 6 octobre 2026, une convention a été signée. J’en prends acte. Mais regardons de près ces communautés de mon Église catholique.


L’emprise s’installe insidieusement sans que vous vous en rendiez peut-être compte. Il y a dans l’Église trois groupes de laïcs. Pour moi, je les nomme les catholiques supérieurs, ceux qui participent aux décisions, qui se cooptent entre eux, les subalternes, qui n’ont pas droit au chapitre, et les laïcs du rang sur lesquels on exercera une emprise sournoise, pernicieuse… n’ayons pas peur des mots. Les supérieurs leur rabâcheront que la Mission a besoin d’eux… que leur engagement est précieux, indispensable… sur le don de soi qui est au cœur de l’Evangile.


Il faut le dire, toutes les attitudes communautaires ne sont pas des dérives sectaires, mais il ne faut pas se voiler la face : lorsqu’un pouvoir se met en place sans contrôle, cela peut être dangereux.


Prenons un exemple que je connais bien : Jean Vanier et les frères Philippe… et certaines communautés nouvelles, sans oublier l’abbé Pierre. Le peuple catholique a montré jusqu’où on pouvait aller dans la sacralisation d’un homme. Une théologienne a démontré qu’il y avait chez Jean Vanier une imposture… que personne n’a vu venir. Ce n’est pas moi qui le dis. Avec le père Thomas Philippe, ils ont exercé toute leur vie une emprise sur des femmes, sous couvert d’une mystique religieuse pervertie pour justifier leurs abus. Rien que ça ! Pour Jean Vanier, vingt-cinq femmes ont été abusées. Quand la spiritualité devient un instrument de manipulation des consciences et surtout de domination des corps, si ce n’est pas une dérive sectaire, alors je me demande comment il faut appeler cela ? Et combien de responsables étaient au courant ? Tout le monde savait pour Thomas Philippe. En 1956, l’Église lui avait infligé une sanction canonique qui lui interdisait notamment de célébrer la messe. Six ans plus tard, on le retrouve dans un petit village de l’Oise, « Trosly-Breuil ». Son disciple Jean Vanier le rejoint avec quelques femmes du cercle de l’Eau vive (un réseau pervers). De qui se moque-t-on ? Vous n’allez pas me faire croire que l’Église aurait oublié le passé de ces gens-là ?


Que l’Église le dise ouvertement : au-delà des abus sexuels, il y a des communautés nouvelles qui pratiquent des manipulations. C’est connu, j’en connais. À L’Arche, justement fondée par Jean Vanier, avec le père Philippe comme figure spirituelle, n’y a-t-il pas une emprise sur les assistants permanents ? Et qu’en est-il des communautés comme « L’Emmanuel », les Béatitudes, le Chemin Neuf, le Pain de Vie et Foi et Lumière (autre communauté cofondée par Jean Vanier… encore lui) ? Qu’en est-il de ces pratiques trompeuses, de ces pouvoirs qui se répandent ?


Entendons-nous bien… Faire partie d’une communauté charismatique ne veut pas dire entrer systématiquement dans une emprise spirituelle. Une chose qu’il faut souligner, c’est que ces communautés font l’objet de visites d’évêques, voire d’enquêtes internes. Mais qu’en est-il ensuite quand on découvre des exactions ? Ça reste mystérieux et silencieux, comme d’habitude.


Je n’ai rien contre les formations et les discernements, ces dispositifs dont l’Église raffole. Ils sont nécessaires, même si certains pervers passeront entre les mailles du filet. Mais sur le fond, les laïcs supérieurs continueront de regarder les laïcs subalternes de haut, qui n’auront jamais droit au chapitre, tandis que les simples catholiques du rang resteront sous l’emprise des supérieurs. D’après ce que j’ai compris, dans cette convention signée avec la Miviludes, l’Église s’engage à dénoncer publiquement tous les laïcs qui se prennent pour des maîtres… des gourous. Je demande à voir. Je ne me fais aucune illusion, je connais trop les mécanismes de l’Église catholique et leur perfidie.


Ma chère Chloé, mon cher Théophile,

Je suis un catholique qui commence à prendre de l’âge, et je comprends votre abandon de l’Église… comme vos amis ou vos aînés. Certains veulent vous faire croire qu’en quittant l’Église, vous avez tourné le dos au Seigneur Jésus. Relisez l’Évangile chez vous, en femmes et hommes libres. Notre Seigneur Jésus ne demande jamais de renoncer à votre propre analyse. Il ne demande pas d’obéir à une institution religieuse ou laïque. Personne ne doit être, dans la foi, supérieur à vous. Dans le chapitre 20, verset 27, de l’Évangile de Matthieu, notre Seigneur Jésus dit : « Celui qui voudra devenir grand parmi vous sera votre serviteur. »


Bon, je vous avoue que je n’attends rien de cette convention. J’attends des actes qui ne viendront peut-être pas. Je me battrai pour que les personnes abusées soient entendues… les abus dénoncés et les responsables écartés.


Mes jeunes amis, ne laissez personne vous confisquer l’Évangile, il appartient aussi à tous ceux qui vivent leur foi éloignés de l’Église.


Je crains malheureusement que les laïcs supérieurs ne se débarrassent pas de leur pouvoir. L’Évangile restera bafoué tant que les responsables voudront dominer les consciences. Le Seigneur ne vous demande pas de renoncer à votre liberté pour le suivre. Il nous demande de servir l’autre, celui qui est le plus éloigné de l’Église. Notre foi n’est pas une soumission aux hommes et aux institutions, mais un chemin de liberté inaliénable vers Dieu.


Didier Antoine

catholiquesenmarge.com
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